COP et SCOP d’une PAC air-eau : comment lire les chiffres

Deux pompes à chaleur air-eau posées côte à côte peuvent afficher la même puissance et le même prix, puis consommer du simple au double une fois l’hiver passé. L’écart ne se lit pas sur la puissance. Il se lit sur les indices de performance — COP, SCOP, ETAS — que les fiches techniques alignent sans toujours préciser à quelles conditions ils ont été relevés.

Ces trois chiffres ne mesurent pas la même chose, ne s’obtiennent pas de la même façon, et un seul d’entre eux conditionne l’accès aux aides. Savoir les lire, c’est pouvoir comparer deux devis de pompe à chaleur air-eau sur autre chose que la marque inscrite sur le capot.

Le COP : un rapport mesuré à un instant précis

Le coefficient de performance est le plus simple des trois : c’est la chaleur restituée divisée par l’électricité consommée pour l’obtenir. Un COP de 4 signifie quatre kilowattheures de chaleur pour un kilowattheure d’électricité. Le règlement européen qui encadre les appareils de chauffage le définit comme « la puissance thermique déclarée, exprimée en kW, divisée par la quantité d’énergie utilisée » dans des conditions d’essai normalisées.

C’est là que se cache la difficulté. Le COP est un relevé ponctuel, pris en laboratoire à une température extérieure donnée et pour une température d’eau donnée. Il ne décrit pas une saison, il décrit un point de fonctionnement. Déplacez ce point — air plus froid dehors, eau plus chaude dedans — et le chiffre bouge. Un COP annoncé sans ses conditions d’essai ne veut rien dire, et c’est précisément sous cette forme qu’on le trouve le plus souvent dans une plaquette commerciale.

Le SCOP : la même machine, mais sur une saison de chauffe

Le coefficient de performance saisonnier répond à cette limite. Il agrège le comportement de la machine sur toute une saison de chauffage, en pondérant les différents régimes de température que l’appareil rencontre réellement, charge partielle comprise. Il se calcule selon la norme européenne EN 14825, et c’est la grandeur que retient l’État français dans sa base d’agrément des pompes à chaleur.

Le SCOP est donc plus utile que le COP pour un acheteur, parce qu’une pompe à chaleur passe la majeure partie de l’hiver à charge partielle, pas à sa puissance nominale. Une machine qui module bien, qui ne s’arrête pas et ne redémarre pas sans cesse, affiche un SCOP nettement plus flatteur que son COP ponctuel ne le laissait présager — et l’inverse est vrai aussi.

Une précision indispensable : le SCOP dépend du climat de référence. Le règlement européen définit les « conditions climatiques moyennes » comme « les conditions de température caractéristiques de la ville de Strasbourg ». Un SCOP mesuré en climat chaud n’est pas comparable à un SCOP mesuré en climat moyen, et les deux circulent.

L’ETAS : le chiffre qui ouvre ou ferme les aides

L’efficacité énergétique saisonnière, notée ETAS ou ηs, est la grandeur réglementaire. Le règlement (UE) n° 813/2013 la définit comme « le rapport, exprimé en %, entre les besoins de chauffage pour une saison de chauffe désignée, couverts par un dispositif de chauffage, et la consommation annuelle d’énergie requise pour satisfaire ces besoins ».

Elle s’exprime en pourcentage et non en multiple, pour une raison précise : elle rapporte la performance à l’énergie primaire. Le même règlement fixe un coefficient de conversion « CC = 2,5 », correspondant à un rendement moyen de production électrique européen estimé à 40 %. En première approche, un ETAS se lit donc comme un SCOP ramené à ce coefficient — mais le calcul réglementaire applique en plus des corrections forfaitaires, si bien que les deux chiffres ne se déduisent pas exactement l’un de l’autre. Ne les convertissez pas à la main pour contredire une fiche technique.

C’est l’ETAS, et lui seul, que les dispositifs d’aide contrôlent. La fiche CEE « Pompe à chaleur de type air/eau » applicable au 1er janvier 2026 exige une efficacité énergétique saisonnière d’au moins 126 % pour les applications basse température et d’au moins 111 % pour les applications moyenne ou haute température, déterminée dans les conditions climatiques moyennes du règlement européen.

Indice Ce qu’il mesure Référence Où le trouver
COP Rendement à un point de fonctionnement donné Conditions d’essai normalisées Fiche technique du fabricant
SCOP Rendement moyen sur une saison de chauffe EN 14825 Fiche technique, base d’agrément ADEME
ETAS (ηs) Efficacité saisonnière rapportée à l’énergie primaire, en % Règlement (UE) n° 813/2013 Étiquette énergie, fiche produit, dossier d’aide

35 °C ou 55 °C : la température de départ change le classement

Un même appareil porte deux jeux de chiffres, et c’est la source de confusion la plus fréquente sur un devis. Le règlement européen distingue les « applications à basse température », définies comme celles où la pompe à chaleur fournit sa puissance déclarée « pour une température de sortie de l’échangeur thermique intérieur de 35 °C », et les applications à moyenne température, calées sur 55 °C.

Trente-cinq degrés, c’est le régime d’un plancher chauffant. Cinquante-cinq degrés, c’est celui de radiateurs existants dans une maison non rénovée. La même machine affichera un SCOP et un ETAS sensiblement plus élevés en basse température — ce qui est physiquement normal, puisqu’elle a moins d’écart à franchir entre la source froide et l’eau du circuit.

La conséquence pratique est simple et rarement dite : le chiffre à comparer est celui du régime que vos émetteurs imposent réellement. Comparer l’ETAS à 35 °C d’un modèle avec l’ETAS à 55 °C d’un autre revient à comparer deux examens différents. La base d’agrément publique des pompes à chaleur affiche d’ailleurs, pour chaque modèle, le SCOP et l’ETAS dans les deux conditions, 35 °C et 55 °C, côte à côte.

Lire l’étiquette énergie sans se tromper de table

L’étiquette énergétique traduit l’ETAS en classes, de G à A+++. Le règlement délégué (UE) n° 811/2013 fixe les seuils pour les dispositifs de chauffage des locaux.

Classe Efficacité énergétique saisonnière ηs
A+++ ηs ≥ 150 %
A++ 125 % ≤ ηs < 150 %
A+ 98 % ≤ ηs < 125 %
A 90 % ≤ ηs < 98 %
B 82 % ≤ ηs < 90 %
C 75 % ≤ ηs < 82 %
D 36 % ≤ ηs < 75 %
E 34 % ≤ ηs < 36 %
F 30 % ≤ ηs < 34 %
G ηs < 30 %

Le piège tient en une ligne du règlement : les pompes à chaleur basse température relèvent d’une seconde table, plus exigeante. Là où un dispositif standard décroche l’A+++ à partir de 150 %, une pompe à chaleur basse température doit atteindre 175 % pour la même lettre. Deux appareils estampillés A++ ne sont donc pas forcément au même niveau de performance : encore faut-il savoir laquelle des deux grilles a servi.

Thermostat de pompe à chaleur air-eau réglé pour abaisser la température de départ d'eau
La température de départ d’eau est le réglage qui pèse le plus lourd sur le COP réel d’une installation.

Ce que donnent ces machines une fois posées

Les indices normalisés décrivent un appareil en laboratoire. Sur le terrain, l’ADEME retient une moyenne observée de 2,9 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité consommée, et surtout une dispersion considérable : « certaines PAC bien installées et correctement réglées dépassent un COP de 4, tandis que d’autres, moins optimisées, peinent à atteindre 1,8 ».

L’agence est explicite sur l’origine de cet écart : « une pompe à chaleur sur trois pourrait être plus performante » moyennant des ajustements, et un tiers des installations analysées présentait des défauts. Autrement dit, entre deux machines au SCOP voisin, ce n’est pas le catalogue qui fait la différence de facture, c’est la pose et le réglage.

Ce constat a une conséquence directe sur la lecture d’un devis : un SCOP élevé est une condition nécessaire, pas une promesse. Il garantit que la machine peut bien se comporter, à condition qu’on la place dans les conditions où elle a été mesurée.

Les leviers qui déplacent vraiment le COP réel

Quatre réglages concentrent l’essentiel de l’écart entre un COP de 2 et un COP de 4, et aucun ne dépend de la marque.

  • La température de départ d’eau. C’est le levier principal, et l’ADEME le chiffre : « lorsque vous baissez de 10 °C l’eau qui circule dans vos radiateurs, vous gagnez 1 point de COP ». La plage conseillée se situe entre 35 et 45 °C, contre 60 °C pour une chaudière classique. Abaisser ce réglage suppose souvent d’agrandir les émetteurs plutôt que de changer la machine.
  • La loi d’eau. Elle fait varier automatiquement la température de départ selon la température extérieure, au lieu de produire en permanence une eau calibrée pour le jour le plus froid de l’année. Une loi d’eau mal paramétrée annule le bénéfice du point précédent.
  • Le cyclage. Une machine qui démarre et s’arrête en rafale — ce que l’ADEME appelle les « cycles courts » — dégrade à la fois le rendement et la durée de vie du compresseur. Le volume d’eau du circuit et la façon dont le primaire est découplé du secondaire pèsent directement ici ; c’est ce que montre le schéma d’installation d’une PAC air-eau.
  • Le dimensionnement. Une machine trop puissante pour le logement passe sa vie en charge partielle extrême et cycle. Le calcul de la puissance nécessaire est un exercice à part entière, traité dans le dimensionnement d’une PAC air-eau en kW selon la maison ; il ne se déduit d’aucun des indices discutés ici.

Vérifier les chiffres annoncés sur un devis

Un chiffre de performance n’a de valeur que s’il est certifié par un tiers. Depuis le 1er septembre 2026, la bonification des aides CEE pour les fiches « Pompe à chaleur de type air/eau » et « eau/eau ou sol/eau » est conditionnée à l’agrément du modèle installé, géré par l’ADEME.

Pour y figurer, un modèle doit disposer « d’une certification Heat Pump KEYMARK, NF PAC, Eurovent Certified Performance (LCP-HP) ou d’une certification équivalente », délivrée par un organisme accrédité selon la norme NF EN ISO/CEI 17065. Les critères de performance retenus sont le SCOP calculé selon EN 14825 et l’ETAS au titre du règlement (UE) n° 813/2013.

Concrètement, trois vérifications suffisent avant de signer :

  • Le modèle exact — référence commerciale complète, pas la seule gamme — figure-t-il dans la base d’agrément publique ?
  • Les valeurs du devis correspondent-elles à celles publiées pour ce modèle, et au bon régime de température (35 °C ou 55 °C) ?
  • L’ETAS retenu franchit-il le seuil de la fiche CEE visée, 126 % en basse température ou 111 % en moyenne et haute température ?

Un installateur qui ne sait pas dire à quelle température d’eau son SCOP a été relevé n’a pas fait le travail de conception qu’implique le remplacement d’un système de chauffage.

Suivi de la consommation électrique d'une pompe à chaleur air-eau sur une application
Le COP réel d’une installation se vérifie après coup, en rapportant la chaleur produite à l’électricité effectivement consommée.

Mesurer son propre COP après une saison

Les indices du catalogue décrivent un appareil ; seul un relevé décrit votre installation. Le principe est le même que celui du COP, appliqué à une saison entière : on divise la chaleur produite par l’électricité consommée pour la produire, sur la même période.

Les deux grandeurs se relèvent sans instrumentation lourde. L’électricité consommée se lit sur un sous-compteur placé sur le circuit dédié de la pompe à chaleur — un circuit que l’installation doit de toute façon comporter. La chaleur produite se lit sur le compteur d’énergie thermique intégré à la plupart des régulations récentes, ou sur un compteur de calories posé sur le départ hydraulique.

L’intérêt de l’exercice n’est pas de contredire la fiche technique. Il est de situer l’installation dans la dispersion que l’ADEME décrit : au-dessus de 3, le réglage tient la route ; nettement en dessous, il y a un paramètre à reprendre avant d’incriminer la machine. C’est aussi le seul chiffre opposable lors d’une visite de mise au point.

Questions fréquentes sur le COP d’une PAC air-eau

Quelle différence entre COP et SCOP sur une PAC air-eau ?
Le COP est un rapport mesuré à un point de fonctionnement précis, pour une température extérieure et une température d’eau données. Le SCOP agrège le comportement de la machine sur toute une saison de chauffe, charge partielle comprise, selon la norme EN 14825. Pour comparer deux appareils destinés à un logement, le SCOP est la grandeur pertinente ; le COP seul, sans ses conditions d’essai, n’est pas exploitable.
Pourquoi l’ETAS est-il exprimé en pourcentage et pas en multiple ?
Parce qu’il rapporte la performance à l’énergie primaire et non à l’électricité livrée. Le règlement (UE) n° 813/2013 fixe pour cela un coefficient de conversion CC = 2,5, correspondant à un rendement moyen de production électrique européen estimé à 40 %. Un ETAS se lit en première approche comme un SCOP ramené à ce coefficient, mais le calcul réglementaire ajoute des corrections : les deux valeurs ne se déduisent pas exactement l’une de l’autre.
Quel ETAS faut-il atteindre pour les aides en 2026 ?
La fiche CEE « Pompe à chaleur de type air/eau » applicable au 1er janvier 2026 exige une efficacité énergétique saisonnière d’au moins 126 % en application basse température, c’est-à-dire pour une sortie d’échangeur intérieur à 35 °C, et d’au moins 111 % en moyenne ou haute température, à 55 °C. La valeur est déterminée dans les conditions climatiques moyennes définies par le règlement (UE) n° 813/2013.
Pourquoi le même modèle affiche-t-il deux SCOP différents ?
Parce que les essais sont conduits à deux régimes d’eau. Le règlement européen définit l’application basse température par une température de sortie de l’échangeur intérieur de 35 °C, typique d’un plancher chauffant, et l’application moyenne température par 55 °C, typique de radiateurs existants. La valeur à retenir est celle du régime que vos émetteurs imposent réellement.
Un bon SCOP garantit-il une facture basse ?
Non. L’ADEME relève une moyenne observée de 2,9 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité, avec des installations dépassant un COP de 4 et d’autres peinant à atteindre 1,8 ; une pompe à chaleur sur trois pourrait être plus performante après réglage. Le SCOP indique ce dont la machine est capable ; la température de départ, la loi d’eau, le cyclage et le dimensionnement décident de ce qu’elle délivre.
Comment vérifier qu’un modèle est bien certifié ?
Depuis le 1er septembre 2026, la bonification des aides CEE sur les fiches air/eau et eau/eau est conditionnée à l’agrément du modèle, géré par l’ADEME. Y figurer suppose une certification Heat Pump KEYMARK, NF PAC, Eurovent Certified Performance (LCP-HP) ou équivalente, délivrée par un organisme accrédité selon NF EN ISO/CEI 17065. La base publie pour chaque modèle le SCOP et l’ETAS à 35 °C et à 55 °C.

Sources